Le cinema de grand papa

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chevrere
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Le cinema de grand papa

Message par chevrere » 26 août 2019 11:58

Bon, allez, pourquoi pas en parler ici.
Je me fais en ce moment des cycles de vieilleries : vieux films et vieilles series.
Bref, rien de passionnant, mais l'occasion d'évoquer des films pellicules libre de droit (ou presque), parfois en super 8, sans entacher le forum des coup de coeur et de gueule.

Et ce matin, j'ai découvert Sherlock Jr de Buster Keaton.
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Et c'était inégal, mais globalement très plaisant. Keaton sait créer du visuel et utilise le cinema comme un moyen de créer de l'imprevu, du spectaculaire sans jamais perdre la maîtrise du récit. Le film fourmille d'idées et sa séquence onirique où il passe par l'écran pour rentrer dans le film inspirera Chuck Jones et Michael Maltese pour un Daffy mémorable où le canard se fait torturer par un cinéaste plutôt cruel.
Mais Keaton n'oublie pas la poésie, avec des regards face caméra génial dans la séquence où il utilise le film pour séduire sa belle. Sherlock Jr est un film avec des problèmes de rythme dans son démarrage, mais les idées de mise en scène brillantes y pullulent et on finit le film heureux de voir une telle inventivité.
Comme toujours chez Keaton, les cascades sont incroyables.
Bref, si vous n'avez pas peur des muets, il est sur youtube en version restauré, pas de raison de bouder son plaisir.

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Re: Le cinema de grand papa

Message par chevrere » 26 août 2019 13:40

Petit rajout au commentaire précédent : le lien dailymotion pour voir le chef d'oeuvre Duck Amuck de Chuck Jones et Michael Maltese dont je parlais précédemment, deux génies du cinema d'animation de l'âge d'or de la Warner.
https://www.dailymotion.com/video/xqh0jh

Et là, je me rends compte que je n'ai pas parlé de Franck Tashlin... et je veux parler de Frank Tashlin, Fred Avery, Bob Mc Kimson et Isiadore Freleng...
Les années 30-40 de la Warner, il y aurait tant à dire...

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Re: Le cinema de grand papa

Message par chevrere » 27 août 2019 14:50

Bon, aujourd'hui, j'ai repris deux fillms de Chaplin qui marque pleinement les deux facettes du cineaste. Et je vais diverger sur un troisième film.

Chaplin et la destinée : La ruée vers l'or

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Enfant pauvre devenu une célébrité via ses courts métrages de la fin des années 10, Chaplin a toujours voulu évoquer les coups de chance, surtout une fois avoir conçu la United Artist avec DW Griffith... Mais j'ai des choses à dire sur Griffith aussi.
Bref, Chaplin incarne le rêve américain, celui du Tramp devenu millionnaire, de celui que la destinée privilégie et met sous les feux de la rampe.
Cinéaste sincère, bien qu'un peu naif, Chaplin offre ici un film sur le rêve américain et joue avec le hasard en construisant la comédie sur des mécanismes élaborés. La ruée vers l'or n'est pas son meilleur film, mais Chaplin y offre la quintessence de son cinéma en jouant avec la frontière qui sépare la grâce touchante et le ridicule pathétique.
Parler de choses universelles a toujours été le point fort de Chaplin.

Chaplin et la morale : The Cure

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Si on a souvent une image positive du personnage de Charlie, Chaplin a souvent eu une face plus sombre, plus cruelle dans tous ses films, révélant son addiction au péché : ici, l'alcoolisme. Mais Charlie n'est pas encore dans l'enfer du procés de mauvaise morale qui va s'abattre sur lui, la destinée autrefois chaleureuse se vengeant en exposant ses faiblesses sur la place publique.
Mais ici, Charlie joue un alcoolique venu en cure de desintox qui va transformer ce lieu pur et impeccable en un lieu de débauche et de chaos. Un court métrage trouvable sur Youtube, brillant et jouissif, un exercice de style très maîtrisé et hilarant où Chaplin peut jouer parfaitement sur sa propre villenie pour révéler l'hypocrisie de la haute société. Brillant.

Chaplin et le besoin du réel : Shoulder Arms

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Surement marqué par le succès de ses films auprés des poilus, Chaplin fait un film un peu bizarre, à la fois réaliste dans son traitement de la guerre et parodique dans un deuxième acte volontairement délirant. Un film pour Chaplin de montrer qu'il n'a pas perdu contact avec le réel, qu'il sait d'où vient son succès, comme pour renvoyer aux spectateurs une image positive dans ses choix de films. Evidemment, tout le monde pense au dictateur, mais je n'en suis pas encore là...

Pour le détail, mon Chaplin préféré est le cirque, seul à lier les trois pans de son cinéma...

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Re: Le cinema de grand papa

Message par chevrere » 28 août 2019 16:08

Et si je soliloquais sur le premier film d'animation de plus d'une heure de l'histoire.
Pour ceux qui ne connaisse pas, Les Aventures du Jeune Prince Ahmed :

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Beaucoup crient au chef d'oeuvre, mais je n'irais pas jusque là. Ca reste quand même avec Safety Last et Intolerance une des oeuvres principales de ce début des années 20. Le style est une pure merveille, avec un travail sur les silhouettes qui a clairement marqué Michel Ocelot, ainsi qu'un style orientale très marqué et fascinant. Lotte Reininger maitrise les ombres et la lumière, ne laissant comme regret que l'impossibilité de profiter de ce film dans une version haute résolution.
Mais les défauts existent et l'intrigue parait un peu daté dans sa gestion des résolutions... enfin, je chipote, le film date de 1926 et comme Safety Last dont je parlerais bientôt, il n'a pas pris autant de rides que les films désincarnés de Meliès.
Bref, une curiosité à voir et à mettre en parallèle avec Princes et Princesses d'Ocelot. Par contre, ce film n'est pas disponible sur youtube, donc le trouver n'est pas facile sauf en VO (Deutsch ist zu einfach).

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Re: Le cinema de grand papa

Message par chevrere » 29 août 2019 13:14

Bon, allez Harold, c'est à ton tour avec le film qui est la matrice de la comédie Hollywoodienne Safety Last

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Ce film n'est pas un chef d'oeuvre du cinema, c'est un cas d'école sur la forme idéale du film de divertissement. Du coup, le scénario est simpliste et repose sur sa star Harold Loyd, jeune homme parti faire fortune à la ville et qui ment à sa petite amie en lui cachant ses difficultés à trouver le succès. C'est à la fois un buddy movie, une comédie romantique avec une mécanique du théâtre de boulevard et un film à grand spectacle reposant sur l'ascension d'un tour que le héros doit accomplir pour atteindre son objectif.

Et tout y est... et ça tient. Des films des années 20, c'est peut-être le plus moderne et le plus facile à regarder pour qui n'est pas habitué au muet. Plutôt que le massif et foisonnant Metropolis ou les oeuvres excessives (et discutables) de Griffith, ce petit film d'Harold Lloyd est le moyen de voir toute la modernité du cinema muet. C'est drôle, bien rythmé, très inventif et d'une grande élégance.

Bref, un film qui mérite le terme de classique, non pas par sa force évocatrice et sa volonté presque mégalomaniaque de faire l'oeuvre ultime (oui, je regarde Metropolis, pour la huitième fois... mais là, ça va me prendre beaucoup plus que huit lignes), mais car il a montré la voie du cinema de divertissement léger et élégant, l'un des premiers fell good movie qui soit.

Safetty Last, le divertissement à l'état pur.

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Re: Le cinema de grand papa

Message par chevrere » 30 août 2019 08:09

Bon, assez plaisanté, tous ses avis positifs, c'est gentil, mais là, on va rentrer dans le dur et parler de DW Griffith en trois films.
Griffith, c'est le cinéaste américain dont certains demandent que les films soient détruits et qu'il soit effacé de l'histoire du cinema.
Ces "chevaliers blancs de la tolérance" méritent bien qu'on se penche sur ce cinéaste américain aussi révéré que detesté.

Griffith et le mélodrame : Broken Blossoms

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Et boum, du whitewashing. Sortez les fourches... A mort Griffith, à mort...

Sauf que non, encore une fois, il faut replacer dans son contexte, non pour excuser, mais pour comprendre.
D'abord, je ne suis pas fan de Broken Blossoms : le premier acte est trop long, le personnage de Lillian Gish est une martyre de mélodrame, malmené par un père boxeur violent et raciste qui va s'opposer à son amourette avec un jeune chinois adepte de Confucius.
Et oui, le racisme a toujours sa place chez Griffith car ce qu'il aime plus que tout, c'est le déchainement des passions chez des personnages en apparence introvertis. Griffith aime voir les timides, les faibles prendre la parole ou les armes sous le coup d'une passion frénétique qui va les consumer.
Pour le souligner, Griffith va jouer sur les valeurs de cadres, les filtres et les ouvertures de diaph (son péché mignon). Il crée une grammaire visuel que tous vont reprendre, devenant la référence pour des cinéastes comme Chaplin et Dreyer.
Et puis, voire cette jeune femme enfermée, alors que son père brise la porte à coup de hache pour venir la chercher... ça a du bien te traumatiser, hein Stanley.
Et oui, regarder Griffith, c'est voir la référence majeure du travail de Kubrick, et rien que ça.

Griffith et le racisme : Naissance d'une nation


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Et voilà, on y est... celui qui pose problème et pas qu'un peu. Allez, on contextualise.
Griffith est le fils d'un soldat sudiste, élévé selon une certaine nostalgie d'un Sud des Etats-Unis plus fantasmé que réel. De plus, bien plus que la réalité, Griffith aime la passion, le chaos, la frénésie et la lutte du faible contre la destinée.
Alors, il a pris le parti du KKK, et c'est une grosse connerie... Ouais, David, là t'as merdé... et il va le payer toute la fin de sa carrière en ne retrouvant jamais l'aura qu'il avait à son époque.
Alors, le film, est-il si pourri ? Non, c'est bien là le problème. La première moitié est impeccable, dynamique et prenante, en particulier dans l'effort de reconstitution de la guerre de secession. La réalisation est inventive, le montage est ingénieux et donne la base de la grammaire moderne du cinema.
La seconde moitié maintient le niveau pour la réalisation... mais pour l'intrigue, c'est la cata avec du révisionnisme à tout va en embrassant la paranoia des gens du Sud face à la libération des esclaves noirs et la haine de Washington.
Bref, Griffith, c'est un cas à part, celui d'un cinéaste qui ne fait jamais dans la demi-mesure et refuse de filmer une scène sans formuler une intention derrière. Griffith est le père du langage cinematographique, mais un père assez con et raciste. On ne choisit pas son père.

Griffith et le cinema de genre : Intolérance

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Bon, Griffith s'est pris des seaux de merde mérités sur la gueule avec Naissance d'une nation et choisit de faire un film somme sur la tolérance dans l'histoire, un méga mélodrame passant de Babylone au Christ jusqu'à l'histoire d'une femme victime d'un groupe de femmes essayant de moraliser la société.
Et c'est un sacré film, avec des scènes Babyloniennes incroyables, un projet fou qui témoigne de l'ambition sans limite de Griffith et sa confiance dans la capacité des films à raconter toutes les histoires de l'humanité. Un grand film passionnant, réalisé avec talent qui pose la base du cinéma hollywoodien et de son ambition.
Un film à voir... hormis pour sa fin totalement raté et son discours assez mal pensé sur la tolérance qui manque de recul.

Car l'absence de recul est le défaut principal de Griffith qui aura tourné à un rythme frénétique, sans jamais prendre le temps de réfléchir aux conséquences de ses propres fillms. C'est un grand cinéaste qui mérite de rester car il témoigne de la nécessité d'envisager la question de la responsabilité de l'artiste face à son oeuvre... mais l'oublier serait presque criminel.

Et en plus, en voyant la chute de Babylon dans Intolerance, Thea Von Harbou va avoir l'idée d'une histoire très ambitieuse qui évoquera le mythe Babylonien lui aussi. Mais j'en parlerais après.

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